jeudi 30 mai 2019

Les anciens et les modernes, Fort et clair

La 2eme partie de l'article, "fort et clair" est sur un sujet technique qui peut intéresser les lectrices et lecteurs navigateurs)


ça y est, je suis au Crouesty mon point de départ après un retour pas désagréable. A la suite de Camaret, un passage du Ras de Sein "cool", un arrêt à Loctudy retrouver l'équipage de La Clémence et se partager une ventrée de "demoiselles" ( ... les demoiselles de Loctudy, les fameuses langoustines).

Les anciens
La Clémence a fait ensuite route retour direct sur le pays vannetais. Pour ma part je suis allé flâner du coté de l'Archipel des Glénan, rôder autour de deux magnifiques créatures accrochées  leur ancre dans le mouillage nord de l'île de Penfret.

Voir dans le petit matin empétolé, mer miroir, ces beautés pures, L'Etoile du Roy (à gauche) et La Recouvrance (à droite) fait partie des bonheurs irremplaçables.
"On entendrait presque la BO de Vangelis" m'écrira mon fils Alexis sur WhatsApp


Les deux beautés descendent sur le pays Vannetais pour participer au rassemblement des vieux gréements de la Semaine Du Golfe.

Allez je vous en mets quelques autres pour le plaisir.






On en verra encore plein d'autres dans le golfe, ça va être chouette.

Les modernes:
Après une halte à l'Ile de Groix, je finis ma route retour avec une autre vision radicalement différente de ces deux beautés antiques.
Les deux monstres sont de sortie dans la baie de Quiberon.
Impressionnant, de taille, de vitesse, et d'une autre forme de beauté .
Les deux trimarans géants Idec et Actual Leader ( l'ancien Groupama il semblerait ?)




Remarquez, ce "pêchou" et sa nuée de mouettes accompagnatrices, encore un autre monde, n'est sans doute ni plus ancien que moderne. Lui il appartient totalement à nos paysages martins bretons.




Je vous reçois fort et clair 
(sujet technique à propos de VHF, d'AIS et d'antennes, et de sécurité)

C'est à mon retour sur Camaret que j'ai eu des doutes confirmés par un autre Dominique, navigateur breton solitaire lui aussi ( et lecteur ici ...), qui m'a prévenu par mail (merci encore !) de son étonnement de voir ma trace AIS disparaître très vite sur le site MarineTraffic. Ensuite au départ de Camaret idem, Nomade disparaît à quelques milles, bien avant de Ras de Sein là où ma trace en côtier devrait rester visible.
Me verrait-on mal en AIS en mer ?
M'entendrait-on mal en VHF ?
Potentiellement dangereux ?
Arrivé à 7 milles nautiques du sémaphore de Penmarch, par belle visibilité et conditions, je lance alors un appel au sémaphore pour un essai radio : " On vous reçoit très mal, très haché".
Et du côté AIS ? Ah là non, aucune visibilité AIS.
Allons bon !
C'est le genre de chose dont on ne se méfie pas forcément car:
- au départ j'avais passé un appel d'essai VHF à la capitainerie
 "on vous reçoit fort et clair", et côté AIS, il y avait de la trace sur Marine Traffic, parfois interrompue mais on ne s'en étonne pas vraiment.
- et au départ des scilly, bord à bord avec la Clémence, je discutais en VHF, on ne voyait en AIS ... donc tout baigne!

Et dans ces conditions on aborde le rail des cargos assez serein.

Et pourtant !
Après Camaret, MarineTraffic ne m'a plus revu.
A ceux qui ont cru que j'avais coupé mon AIS, je dis que non pas du tout !


Arrivé à Crouesty, j'ai donc entrepris de regarder ça de plus près.
Mesures au tos-mètre de la qualité d'antenne ( le tos signifie Taux d'Ondes Stationnaires et illustre la qualité de l'antenne, si trop de puissance est réfléchie, l'émission n'a pas de portée, et cela pourrait même endommager les circuits de puissance de l'émetteur.
"pourtant en essai VHF proche au port tout fonctionne" remarquai-je.
"Oh, vous savez même sans antenne un essai VHF avec la capitainerie fonctionnerait " me répond l'homme au tos-mètre
Moralité, antenne morte.
Je l'ai remplacée avec 2 ou 3 petits tours de grimpette solitaire en haut du mât.
Et depuis, le sémaphore de St Julien, basé à Quiberon à plus de 8 milles , me reçoit "fort et clair' depuis ma place au fond du port du Crouesty malgré les reliefs et la forêt de mâts métalliques.
Et MarineTraffic me voit;
Et sur mon AIS je vois une quantité de bateaux comme jamais auparavant.

Moralité = on pense avoir de la VHF qui fonctionne, on a fait son petit essai VHF dans le port, on nous a répondu "on vous reçoit fort et clair", on pense émettre en AIS, alors que tout cela ne fonctionne qu'à quelques centaines de mètres ....
Faites des demandes d'essai VHF avec des sémaphores éloignés, sinon vous ne vous apercevez même pas que votre antenne est HS, et le jour où vous aurez besoin d'un appel urgent voire de détresse .... peut-être que personne ne vous entendra ?
Et au besoin faites faire une mesure au tos-mètre par un spécialiste.
ça ne vaudra pas cher et la sécurité n'a pas de prix.



















mardi 21 mai 2019

Alors quelle suite ?

Me voilà revenu à Camaret, après une traversée plutôt tranquille cette fois-ci.
Du vent portant dans les 9 à 10 noeuds , des heures sous spi, puis sous génois tangonné surtout pour préparer le passage du rail des cargos, et une nuit plus sereine.
Au début bord à bord avec la Clémence, puis une fois le spi bien réglé Nomade s'est un peu envolé tout seul.

Bien évidemment  ma décision de faire demi-tour, de laisser de côté le projet a semblé poser questions à certaines et certains d'entre-vous, lectrices et lecteurs;
Alors je prendrai le temps de répondre plus longuement peut-être prochainement:
Mais d'ores et déjà, j'ai envie de dire que non, ce n'est pas une fin, ni un renoncement;
Le déclic s'est fait aux Scilly qu'il fallait que je retrouve une autre dimension que celle de "projets".
Les "projets" précédents m'ont porté, j'y ai appris énormément, j'y ai pris  beaucoup de plaisir;
Mais comment concilier la recherche d'une forme de liberté comme la navigation à la voile peut en être porteuse comme rarement d'autres disciplines avec la dimension d'obligation de résultat l'on se fait à soi-même au travers d'un projet qui compte ses objectifs.

C'est autour de cette question qu'il m'a semblé que le moment était peut-être venu de me poser un peu ....
... tout en continuant à naviguer, bien entendu.
En tout cas à flâner sans doute, au gré des vents et des envies.

Trouver un autre souffle, un autre élan ? Du sens ?
 ... A nomadiser ....?
Pourquoi pas .... 

A très bientôt, sans le moindre doute.

Bord à bord avec la belle Clémence

dimanche 19 mai 2019

Demi-tour

C'est comme un flottement, une vague idée que la route, ma route, ne sera peut-être pas celle-ci.
Un flottement de la pensée qui m'a balloté au rythme du clapot, accroché à mon mouillage dans St Mary's bay, aux Scilly, comme dans le sas d'entrée en mer d'Irlande à attendre le signal, la lumière qui dit qu'on peut y aller, qu'on peut foncer.
Et si je changeais tout ?

Tout est en place place pourtant, Nomade est prêt à continuer.
Sur le plan technique, sur le plan marin, de la préparation, je le suis aussi.
La météo à venir n'est pas si mal ...
Et après l'Irlande en 2015 et l'Atlantique en 2016-2017, l'Ecosse puis la Norvège étaient si attirantes.
Alors quoi ?

Ne pas trop chercher d'explications.
L'envie qui a pris le dessus est celle de suivre un instinct qui me susurre que changer de direction est peut-être une bonne décision.
Faire demi-tour, après tout pourquoi pas.
Faire demi-tour quand tout va bien, à bord d'un Nomade équipé comme jamais.

Je remets le cap sur la Bretagne lundi matin.
J'ignore encore ce que sera la suite.
Et c'est peut-être mieux ainsi.
Laisser renaître l'envie d'elle-même, même si elle renaît autrement ….
Me dire que la liberté est peut-être quelque part autour de ça.

Tout va bien

jeudi 16 mai 2019

Un peu de repos aux Scilly

Après mes déboires de l'arrivée, et un court sommeil matinal, j'ai retrouvé Lord Jim2 mouillé juste à côté de moi. L'ami Yann son skipper que je connais bien pour avoir fait ma première transat avec lui en 2007 quand il  avait son 50 pieds Akela ( ah cet engin, une bombe au portant ! ) m'a proposé d'aller à terre avec lui et son équipage.
ça tombait bien, vu que j'étais désormais sans annexe !
Un bon gros Full english breakfast ça répare bien, suvi d'un vrai gros dodo.

J'ai désormais une nouvelle annexe, l'employé du port de St Mary's m'a mis en contact avec un vendeur qui est venu me l'apporter directement au mouillage.
l'autre annexe aurait été aperçue coincée dans les rochers de l'autre côté de l'archipel, mais allait sûrement disparaître au large avec la marée, ou se détruire.
Quand j'ai émis l'hypothèse d'aller la récupérer en kayak, le gars du port qui vient percevoir sa dîme  m'a juste dit "don't even try it, it's too dangerous".
C'est vrai qu'avec ce vent d'est qui pousse au large, ce n'est peut-être pas  l'annexe seulement qui disparaîtrait. J'aurais sans doute été incapable de remonter au vent plus courant.
Ma cagnotte a vite pris un coup mais comment faire autrement?
Je n'ai rien cassé, c'est le principal.

Enfin rien ...?
Après avoir tiré, déhalé Nomade, puis plongé pour couper les cordages pris dans  l'hélice, toute une somme d'efforts intenses, le verdict est tombé avec cette douleur qui cisaille d'un coup les lombaires .... un bon tour de reins comme on dit, un lumbago en quelque sorte.
Ma hantise car je me sais un peu sujet à ça, mais dans l'action et l'urgence .... pas eu le choix.
Alors depuis, j'alterne des petites ballades à pied pour refaire travailler le dos, quelques mouvements de gym, et du repos, sans oublier d'aller tout de même me poser au pub Atlantic ou au Mermaid prendre une bonne bière et trouver du wifi.
ça va passer.
Je gratte ma guitare aussi, je suis bien content de l'avoir à bord, celle-ci.
Mais donc j'attends un peu pour repartir, d'autant que des amis doivent arriver vendredi après midi donc je vais rester pour les accueillir.
Départ prévu dimanche vers Milford Haven, environ 115 milles à faire, avec du vent qui va passer nord-ouest et des conditions assez calmes en principe.
Le calcul de météo-routage me met une route de 24 heures et ça ne devrait pas être la baston cette fois-ci.

mardi 14 mai 2019

Faire la Manche

Et bien c'est pas toujours si facile …
Lundi 13 mai
Je quitte Camaret encore endormie à 8 heures du matin, pour une traversée de la Manche vers les Iles Scilly qui s'annonce au mieux.
Un bel anticyclone s'installa, le baromètre du bord est au plus haut, le vent sera Est-Sud-Est, parfait pour une montée au portant, ensoleillée, cool.
Le Chenal du Four s'avale avec le courant de marée, Molène et Ouessant me font de l'œil mais non, j'ai ma route, désolé/.
Je risque même une séquence dénudée au soleil, vent frais mais grand soleil alors ... et puis sous spi …. royal …

Et ... puis …
Et puis plus je monte plus ça monte.:
La houle quand j'ai vraiment quitté les derniers contreforts de le pointe bretonne se renforce et le vent monte.
C'est surtout la combinaison des deux qui fait l'effet.
La mer devient ce que le qualificatif météo marine en fait = mer forte.
Une grosse houle courte et abrupte, d'Est par mon plein travers et perturbée par les résiduels, j'imagine, de la houle d'Ouest précédente.
On dit aussi "mer croisée" dans nos jargons … moi je dirais carrément une mer bordélique, qui crache des vagues déferlantes qui envoient valdinguer Nomade, ou même exploser dans le cockpit et l'inonder pour m'impressionner.
Benhur le régulateur d'allure est out-of-service, dépassé par les évènements, tom le pilote fait ce qu'il peut pour me permette de me reposer dans mon shaker ….
Environ 19 heures pour traverser, mine de rien … les 120 milles.

Mais heures là sont longues.
Et puis ces conditions là  je ne m'y attendais pas, pas encore bien amariné, enfin pas pour ce niveau là, pas si vite .
Alors comme en plus ça va vite , j'arrive non pas au lever du jour mais à 3 heures du matin, faible reflet de lune , pour entrer dans l'archipel de Scilly.
Le Phare de St Mary's me fait des clignements d'yeux, la Est me balance ses 3 flash blancs ( parce que 3 heures sur une pendule ça montre l'Est, les marins sont finalement "terre à terre" ?) 
La verte, la rouge, bien viser, Nomade roule bord sur bord dans l'entrée du chenal, la houle entre encore gros mais j'espère qu'elle va se casser en me disant une espèce de "sinon je suis mal".
Je suis un peu tendu, pas le moment de me raconter une blagounette à deux  balles.
D'ailleurs personne ne m'en racontera, je suis solo , je l'ai bien cherché non ?

Et puis ça passe la houle s'étouffe dans le goulet d'entrée, le léger pouf-pouf du moteur me rassure … j'arrive et c'est cool ….Voiles affalées, Nomade ronronne son plaisir de l'arrivée.
Mais ..il faut mouiller et il fait nuit, lune faiblarde qui tombe bientôt derrière l'horizon, j'ai quand même une petite tension résiduelle.
Je contourne bouées, clignotements, alignements et autres repères, et j'arrive dans la zone des corps morts de mouillage. Le repos du guerrier est proche;

Et puis ..et puis , survient cet instant où le belle mécanique s'enraye …
Le moteur cafouille, puis se bloque, Nomade bloqué entre des bateaux de pêche, coincé avec un bout dans l'hélice, plus de manœuvre possible, fait nuit, l'eau est glaciale, je suis un peu dans ma m... bloqué dans la zone de mouillage des pêcheurs.
mais pas de quoi pleurer, manquerait plus que ça, je l'ai bien  cherché tout ça non ?
 je sécurise Nono sur le corps mort coupable de laisser un cordage trainer interminablement comme ça … et je vais me reposer un peu ...cre-vé!
Je dors plus ou moins une demi-heure 
Puis dans le presque sommeil vient l'idée qui se transforme en urgence : j'ai un très long cordage à bord. Je gonfle l'annexe , vais à la rame porter ce long cordage sur la zone de mouillage appropriée, et je déhale Nono en tirant comme ces tireurs-à-la-corde de kermesses de village … je vais gagner, c'est sûr !

Je gagne ….3 heures de boulot, pour ainsi dire.
Le jour commence à se lever, je n'ai plus besoin de la lampe frontale.
Me restera à plonger pour couper les cordages pris dans l'hélice, ce qui sera fait dans l'après midi dans une eau à douze degrés , ne me souvenant que j'ai une combinaison de survie ….

Je m'apprête à regagner un couchage rêvé et sublimé quand ….
…..
Je vois mon annexe , mal attachée, s'éloigner inexorablement, je l'avais mal attachée ?
Avec le vent d'Est qui piaule  c'est sûr … je ne le reverrai plus …

L'humain, finalement, est un être plein de ressources, mais très inachevé.

dimanche 12 mai 2019

Dernière station avant l'autoroute

10 mai 2019
Un départ à la fraîche à 7H15, et à la fraîche c'est le cas de le dire, sous la pluie, couverture nuageuse à 100%.
Dans la rade de Lorient une grue vient piocher de sa grosse pelle dans les cales d'un cargo au pavillon panaméen, on dira un "vraquier" car il doit transporter je ne sais quelle denrée en vrac, peut-être du soja transgénique poussé au Brésil pour nourrir nos bovins qui nous nourriront ensuite …?
Pauvre monde perdu dans sa folie ?
Je lui fais un envoi de ma grand-voile sur son travers, comme une inutile bravade.
Le vent est faiblard, trop faible pour faire de la route efficacement donc j'envoie les voiles pour la bonne conscience, avec du moteur en appui, jusqu'en fin de matinée.
Passer la pointe de Penmarch par ces conditions me semble inutile obstination.
Je bifurque sur Loctudy, la paisible cité des demoiselles ( les langoustines !).

11 mai 2019
Départ à la fraîche à nouveau, c'est presque comme une religion, quand on part en mer c'est au lever du jour et ça semble indiscutable, sinon on se demande où court notre pôv' monde … à sa perte sans doute ?
La prévision météo est d'une excellence incontestable dans sa manière de condamnation : tu auras tout dans la gueule, tu veux monter Nord-Ouest, et ben t'auras du vent de Nord-Ouest, voilà ….
Avec une belle grosse houle résiduelle des Grands Frais des derniers jours, dans le nez elle-aussi.
J'avoue avoir failli flancher pour un arrêt à Audierne, et puis non, j'étais parfaitement dans les temps pour passer le Raz de Sein avec la renverse de courant ( sinon tu passes pas) 
J'ai donc continué à "tirer des bords" pour arriver à Camaret le soir vers 20H30, 13 heures de route pour 66 milles nautiques (en gros 120 bornes de terrien mais imaginez les à vélo avec des côtes tout le temps, voilà …)
Mise en jambes, cette fois-ci je  crois que je rentre à nouveau dans mon statut de marin pour de bon.

12 mai 2019
Grasse mat' ( 8H30, imaginez un peu !) 
Courses en ville
Baguenaudage, une de mes occupations favorites.
Discuter avec le voisin de ponton qui bricole son Figaro-première génération.

J'attaque la Manche demain lundi 13, ce sera du vent d'Est, pas mal pour monter Nord-Nord-Ouest …
Avec comme une autoroute à traverser.
Le rail d'Ouessant, la route maritime la plus encombrée du monde à ce qui se dit …. Repos et vigilance …..
(extrait de Wikipédia:)
Le rail d'Ouessant est le nom communément utilisé pour désigner le dispositif de séparation du trafic (DST) maritime au large de l'île d'Ouessant, île la plus occidentale de la Bretagne et de la France et symbolisant l'entrée (ou la sortie) de la Manche.
Il s'agit d'un des passages maritimes les plus fréquentés du monde avec 54 200 navires en 2003, soit une moyenne de 148 navires par jour, ce qui représente un transit quotidien d'environ 700 000 tonnes, dont 285 000 tonnes de pétrole et 90 000 tonnes de produits dangereux.


Prochain message aux Scilly

Quelques images de Camaret:


 Marée basse

Ô temps suspends ton vol ?


 Camaret dans son écrin protégé

Infinitude… 
(Vue depuis les hauteurs de la Pointe du Toulinguet)
Quand le ciel et l'horizon vont se confondre au loin dans le bleu azur, on a beau avoir traversé l'océan, l'émotion est toujours la même, celle qui faisait peut-être penser à nos très lointains ancêtres qu'on est au bout du monde mais que derrière ce bout du monde, il y a sans doute d'autres mondes ?
Peut-être les marins sont-ils les derniers à partager cette émotion avec les astrophysiciens désormais ?

jeudi 9 mai 2019

Chi va piano

… va sano et va lontano ?

mardi 7/05
Marie-Claire et La Mich' sont au bout de la jetée pour agiter la main en au-revoir;
Vent de travers, Nomade enquille allègrement la passe de la Teignouse avec de jolies pointes à 9 nœuds. 
T'es content mon Nono ? Depuis le temps …

Puis grand largue et vent arrière, on se déploie , on monte … et le baromètre lui par contre commence à descendre.
On contourne le triangle de la zone de tirs militaires, les bateaux de la sécurité ont leurs gyrophares qui s'agitent comme pour dire "barrez vous".
Et je tire moi aussi, un bord vers Lorient. ça ira pour aujourd'hui.
Demain il y a avis de Grand Frais, à chaque jour suffit sa peine.

mercredi 8/05
Mon adaptateur de prise de quai a fait plouf dans l'eau. 
Maladroit !
Je me tape a pied jusqu'à Accastillage Diffusion dans la zone de Kernevel pour constater qu'on est le 8 mais, ben oui, c'est fermé..

Bah, ça buffe déjà pas mal, l'éolienne tourne a fond pour recharger les batteries … j'irai demain.

jeudi 8/05 
le vent a molli, mais la météo annonce encore une houle de 3,5 à 4m et du vent plein ouest;
on va attendre, ya pas le feu.
AD est ouvert, je repars avec un adaptateur de prise de quai … et un Gwenadu … parce que tout de même ça manquerait une fois là-haut, faut tout de même se signaler " breton", des fois ça sert dans les contrées celtiques. 
Le si mineur passe encore difficilement, le fa un peu mieux, mais ces accords  barrés, décidément …la zique c'est vraiment du boulot …

Bon c'est sûr, demain je repars. C'est du sud-est, le baro remonte … alors moi aussi …

Quelle vie !



lundi 6 mai 2019

C'est demain (version 2019)


Six cent vingt trois jours que Nomade semble attendre son heure, depuis cette arrivée à Port Haliguen après onze mille milles nautiques en solitaire.

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps !

(Baudelaire - Le voyage)
.

Peut-être la mer est-elle le meilleur endroit pour que les traces d'un lointain passé que je pensais indélébiles se fondent et s’effacent mieux dans le voyage, comme s'efface la trace de sillage dans eaux du temps.

S’occuper à fendre la nouvelle trace, celle de l’avant, qui met à l’étrave de Nomade une moustache d’écume pour qu’il prenne soudain des airs de vieux baroudeur mal rasé.

Nomade est chargé à nouveau, sa ligne de flottaison est redescendue d’un bon centimètre.

Et puis, élément nouveau désormais … ma guitare est à bord, mine de rien elle ne me quitte plus celle-ci, malgré ses cordes acier qui à force d'apprentissage m'ont mis (douloureusement parfois !) de la corne au bout des doigts comme il pourrait y en avoir au creux des mains du marin.
Du bois et des cordes, tiens, une sorte de vaisseau auquel il ne manquerait que les voiles ?
Ou alors si, quand je serai au point, la musique qui en sortira sera, qui sait, la voilure pour d'autres voyages ?
En tout cas elle fait partie de l'équipage désormais.



C’est demain.

Pas de quoi faire le malin.

Mais cette envie qui me met comme à chaque fois cette espèce de boule aux tripes.

« C’est normal, c’est le boulet aux pieds qui remonte » m’avait dit l’Amiral lors d’un précédent départ.



Pour l’aspect plus indispensable de la prévision météo, c’est du vent plutôt sud-est à sud qui devrait m’aider à remonter au portant un cap nord-ouest.

Cool comme on dit de nos jours.

Par contre, mercredi, c’est du vent frais assez fort annoncé. Allez, je ne vais peut-être pas commencer tambour battant, il faut reprendre ses marques, ses habitudes, son rythme de cette vie en mer, la façon de bouger, de manger, de se reposer.

Une halte à Groix ou Lorient mardi soir, une journée relâche avant de monter vraiment passer le Raz de Sein, faire escale à Camaret l’inévitable avant de s’élancer en Manche, traverser l’autoroute des cargos dans la nuit, des immeubles à la queue-leu-leu, les montants, puis les descendants, en visant bien le passage entre deux, et puis atterrir dans l’archipel des Scilly, comme en 2015 pour la montée vers l’Irlande … 







C’est demain, enfin …

C’est demain, c’est bien …